APPRENTISAGE DES KATAS SHOTOKAN

Tout grand arbre commence par être petit. Proverbe japonais

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Le long chemin de l'apprentissage du karaté. Le développement du karaté et l'abondance des styles ont provoqué une prolifération des katas où le débutant peut se perdre facilement. Seulement une trentaine de ces katas sont originaux, les autres seraient des formes dérivées, ou des créations nouvelles à partir d'anciens katas. Vous n'avez qu'à assister à une compétition de kata pour constater que le Bassai de Shito-Ryu ressemble au Bassai Dai de Shotokan par exemple. C'est le cas des Heian, ou anciennement Pinan, créés par maître Gichin Funakoshi à partir de Kanku et Bassai; ou des Taikyoku, versions simplifiées des Heian créées par son fils Yoshitaka. Tous les katas anciens sont influencés par deux grands courants d'origine de l'Okinawa-te, soit le Shuri-te de l'école Shorin-Ryu où les mouvements sont longs, rapides et légers, ou le Naha-Te du Shorei-Ryu aux mouvements lents, contractés développant la musculature et la maîtrise de la respiration. Le Tomari-Te restera une tendance mineure très proche du Shuri-Te.

Dans le Shuri-Te, on retrouve les Heian, Bassai, Kanku, Empi, Gankaku, Gojushiho, Meikyo, Chinte. Jiin, Wankan. Dans le style Naha-Te, on retrouve Hangetsu, Saipa, Sanchin, Sanseru, Kurunfua, Superrinpai, Shiso-shin, Sochin, Jutte, Jion, Tekki. Les noms des katas font souvent écho à leur origine chinoise, soit par leur poésie naturaliste, le nom du maître qui les a transmis ou, lorsque modifiés dernièrement, à des références plus japonaises. Funakoshi a renommé les katas avec des noms Japonais pour ne pas froisser ses hôtes lors de ses démonstrations après son arrivée d'Okinawa.

Funakoshi écrit dans son ouvrage, Karaté-do Kyohan : « ... Néanmoins, si les katas doivent être classés, on peut de manière très générale distinguer deux grands groupes : ceux appartenant à Shorei-Ryu et ceux appartenant à Shorin-Ryu . La première met l'accent sur le développement de la force physique et de la puissance musculaire ; elle est frappante de par l'impression de force qu'elle dégage. Par contre, l'école Shorin est très légère et très rapide, avec des mouvements très prompts vers l'avant et vers l'arrière, qui ne sont pas sans rappeler le vol vif du faucon.

Les katas de Tekki ainsi que Jitte, Hangetsu et Jion, entre autres, appartiennent à l'école Shorei, alors que les kata de Heian, Bassai, Kanku Empi, Gankaku et d'autres sont apparentés à l'école Shorin... Les deux styles développent l'esprit et le corps et l'un n'est pas meilleur que l'autre. Ils ont tous deux leurs points faibles et leurs points forts et ceux qui veulent étudier le karaté doivent reconnaître ces points et les étudier en conséquence.

Shu Ha Li. Le kata représente un combat contre un adversaire virtuel. Étant codifié de manière rigoureuse, il s'effectue sans surprise et permet notamment de travailler en toute sécurité des techniques qui seraient dangereuses en entraînement de combat, ou alors de travailler dans des conditions plus proches de la réalité du combat. Selon la tradition japonaise, l'apprentissage des arts martiaux s'effectue en trois étapes majeures.

Shu: La première étape où l'élève apprend à exécuter correctement les techniques en imitant le professeur. C'est la découverte des éléments qui interviennent dans l'exécution d'une technique classique. C'est la correction continuelle de soi pour faire correspondre le plus possible notre technique à celle du sensei. On prend conscience de la respiration, du hikite, de la rotation, de la position et de tous ces éléments qui, ensembles, développeront une technique efficace. Cette étape part de la ceinture blanche et se rend facilement au premier an et même au-delà. Car, en karaté, la ceinture noire n'est que le début de la connaissance de l'art.

Ha: Le karatéka parvient à cette étape aux environs de la ceinture noire, après des années de pratique assidue. C'est un approfondissement de la méthode, une identification avec les gestes qui lui ont été enseignés. Le mouvement est maîtrisé et est spontané. Le réflexe est acquis, profond, naturel. Les éléments divers tels que la respiration, le kime, le hikite s'harmonisent pour donner une technique réussie. Sa forme ne comporte plus d'erreurs majeures, ce qui lui garantit une  grande efficacité. Le travail de l'esprit commence aussi à porter fruit à cette étape.

Li: Selon les japonais, c'est l'art proprement dit. C'est la maîtrise du karaté, l'éveil de l'individu au-delà de la technique. Le karaté s'est personnalisé, le maître a retaillé le karaté à sa dimension propre, en harmonie avec son être profond. Des états mentaux de quiétude et de sérénité imprègnent souvent l'esprit et l'agir des individus qui atteignent ce niveau. Le long cheminement dans l'effort a mené à une qualité d'être et de conscience qui transparaît dans l'art du maître. C'est l'atteinte de l'équilibre entre l'esprit et le corps, aussi peut-on parfois lire qu'il est question d'illumination, de Satori chez certains individus dans la tradition orientale.

Signification des noms des katas Shotokan

Heian: Paix et tranquillité. Famille de cinq katas éducatifs qui comprennent la plupart des techniques de base.
Bassai-Dai et Bassai-Sho: Pénétrer la forteresse. Ces deux katas sont très distincts et exigent une grande puissance.
Tekki : Cavalier de fer. Il y a trois Tekki, Shodan, Nidan et Sandan, où la position prédominante est kiba-dachi, position du cavalier.
Kanku-Dai et Kanku-Sho: Regarder le ciel.  Kanku-Dai est le plus long des katas Shotokan puisqu'il comporte 65 mouvements.
Enpi: Vol de l'hirondelle. Aussi nommé Empi, c'est un kata rapide avec des mouvements au ras du sol, des pivots, des montées et des descentes du centre de gravité.
Jion : Du nom d'un temple boudhiste. La garde de départ rappelle les écoles de boxe chinoise.
Jitte: Main de la pitié. Encore appelé Jitte, 10 mains,  au Japon. Il sous-entend un combat contre dix adversaires.
Ji'in Amour du Boudha. Les trois katas, Jion, Jitte et Ji'in, appartiennent à la même école.
Hangetsu: Demi lune. Ce kata est en partie respiratoire, et est le seul à ce titre en Shotokan.
Gankaku: Grue sur un rocher. L'accent est sur la puissance et l'équilibre sur une jambe.
Chinte: Main secrète. Un vestige de forme ancienne à majorité de techniques circulaires et de piques à deux doigts, le nihon nukite.
Sochin: Force tranquille. Intéressant à cause de la position fudo-dachi, à tel point que le kata a donné son nom à cette même position, sochin dachi.
Gojushiho-Sho et Gojushiho-Dai: 54 pas.  Sho et Dai ne font pas référence à la longueur du kata, mais à l'amplitude des mouvements.
Nijushiho: 24 pas. Le rythme est particulier grâce à une succession de temps rapides et lents.
Unsu: Main en nuage. C'est le seul kata comprenant un mawashi geri.
Meikyo: Polir le miroir. Possède un saut très particulier, le sankaku-tobi-geri. Le mouvement d'ouverture a une signification symbolique classique aux Budos; calme comme l'eau.
Wankan: Couronne du roi. C'est le plus court des 26 katas Shotokan. Il contient une technique d'esquive suivie d'une projection.

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