|


Je m'appelle Funakoshi
Gichin, fils
de Samouraï, je suis né dans les premières années de la période de restauration
Meiji, dans la contrée de Yamakawa-Chō, à Shuri, sur l'île d'Okinawa en 1869.
Ayant vécu mon enfance avec mes grands parents maternels, j'ai commencé à
pratiquer l’Okinawa-Te à l’âge de quinze ans. À cette époque,
mon titulaire de classe était le fils aîné de Azato
Yasuzato, un
des plus grand expert d'arts martiaux d'Okinawa. Ce fut ma bonne étoile d’avoir reçu mes premiers cours d’un professeur
aussi remarquable, fils de Tonochi, une des deux
classes les plus élevées de la société d'Okinawa.
Maître Azato, ancien élève de Matsumura était un homme grand, à la large carrure, aux
yeux perçants et au regard enflammé qui rappelait les Samouraïs des temps
anciens.
Le domaine de Maître Azato était le village de Azato, situé entre Naha et
Shuri. Il était l'officier de confiance du roi:ses avis en matière de politique
et d'administration étant souvent sollicités, il devint son conseiller privé.
Il était non seulement insurpassable en
Shuri-te, mais excellait également
en équitation, en kendō et en
kyūdō, "
la Voie de l' arc ". Le tir à l'arc constituait l'un des entraînements
fondamentaux des
Samouraïs . Pratiqué aujourd'hui comme expérience mentale
plus que comme véritable sport. Les adeptes ne recherchent pas
réellement la précision de la cible ou la force de la flèche. C'est plutôt
la stabilité de leur mental, et la maîtrise parfaite du corps qui
est importante.
Plus proche de la spiritualité que de l'art de combat, le
kyūdō reste réservé à une
petite minorité de pratiquants. Le
kendō, littéralement la Voie du Sabre,
l'art des samouraïs
par excellence est l'escrime japonaise au sabre.
Adepte de l'art du sabre de l'école
Jigen, c' est de Azato que nous vient certain des
préceptes du niju kun;
Considérez les bras et jambes
des gens comme des épées. On raconte qu'il défit à mains nues
Yorin Kanna, un célèbre sabreur d'Okinawa.
Azato maintenait un registre très
complet de tous les artistes martiaux de l'île. Dans ce document il détaillait
leur nom, leur adresse, leur professeur, leurs points forts et leurs points faibles,
leur force physique. Il avait l'habitude de dire ; "Connaître son ennemi et
se connaître soi-même : c'est le secret de la stratégie ".
Évoluant avec les changements de son temps, il fut le premier à couper ses
cheveux longs, renonçant ainsi au chignon qui fit de tout temps l'orgueil des
insulaires, symbole de leur virilité et de maturité à Okinawa.
À l’époque, l’art martial
d’Okinawa n’était pas enseigné au grand public. Ogosuku Chogo et moi, nous étions
les deux seuls disciples
de Maître Azato, ce dernier ayant confié à Maître Itosu la tâche d'enseigner le
Shuri-te à son fils aîné. En cette époque, personne ne gagnait sa vie
de l'enseignement du Shuri-te. Je partais chaque soir suivre les
enseignements
clandestins
de Maître Azato, dans sa cour à la lueur de lanternes, car il n'y a
pas encore de dōjō.
En ces temps,
l'enseignement est très éprouvant physiquement et moralement. Les maîtres
demandaient à leurs élèv es de s'investir à fond sans ralentir, et
surtout sans se
plaindre.
L’enseignement se
déroulait à l’ancienne, suivant le bon vieux précepte : Hito-kata-san-nen, un kata en trois ans.
Vêtu d'un hakama,
une petite lampe posée près de lui,
Maître Azato s'asseyait sur la galerie et me faisait répéter, des centaines de fois le même kata, et cela
pendant des heures,des jours, et des mois jusqu'à ce qu'il estime que j'avais
parfaitement assimilé et compris. Cet entraînement m'apportait parfois exaspération et
humiliation. Le plus souvent, j'étais à ce point épuisé que je ne
pouvais plus distinguer sa lampe. Maître Azato parlait peu, sauf pour parler
théorie et philosophie des Art Martiaux. Il démontrait et j' essayais de ressentir
des sensations. À la fin j'attendais son jugement toujours fort bref.
Insatisfait, il grommelait; encore une fois, un peu plus. Satisfait, son
verdict tenait en un seul mot; bien. Quand le cours
était
fini ,complètement épuisé, je prenais ma lampe et je retournais chez moi. Il
m'arrivait souvent après l'entraînement d' échanger quelques mots sur ma famille et mon travail
d'enseignant au primaire.
L'esprit de la pratique, le côté austère, la
répétition d’un même kata, me viennent de Maître Azato.
J'avais déjà
plusieurs années de rude formation lorsqu’on me présenta à
Maître Itosu, un aristocrate d'Okinawa et ami d'Azato qui était secrétaire
particulier du roi. Avec les dimensions restreintes
de l’île d’Okinawa, tout le monde se connaissait.
J'apprenais parfois sous leur double tutelle les aspects
spirituels et techniques du Shuri-te.
Étant donné les esprits ouverts de mes deux instructeurs, j'étais
en position idéale pour apprécier les points forts des divers styles
et pour commencer à les intégrer ensemble. Azato sera reconnu plus tard comme
étant l'héritier de l'ombre, le Kage-shihan,du Shorin-Ryu
Gokoku-an karate ( Karaté du Shaolin pour la défense de la patrie) de Matsumura
Sokon. Itosu sera cependant reconnu comme
héritier officiel du Shorin-ryu de Matsumura, mais est est prouvé
qu'il a dévié peu à peu du style traditionnel de Matsumura pour développer
ses propres conceptions.
|