TORA NO MAKI

“Le karate-dō est une philosophie, une attitude devant, et un regard sur la vie et le monde…” Shomen Gichin Funakoshi

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Le dessin avec le tigre à l'intérieur du cercle est nommé le Tora no maki, le "rouleau de tigre". Dans la tradition japonaise, le Tora no maki est le document écrit officiel d'un art où d'un système, qui est utilisé comme étant la source de référence pour cet art. Les Japonais n'ont pas créés les livres reliés comme nous employons en occident. Au lieu de cela, ils écrivaient leurs documents sur des longs rouleaux de papier, tout comme le faisaient nos ancêtres il y a des centaines d'années. Le tigre a été peint par Kosugi Hoan (1881-1964), ami et étudiant de Gichin Funakoshi, artiste japonais réputé et président du Tabata Popular Club. Un musée commémoratif en son honneur, le Kosugi Hoan Museum of Art, a été inauguré en 1997 à Nikko au japon.

Il a fait ce dessin au pinceau  spécifiquement pour illustrer la page couverture du livre de Funakoshi Karate-Dō Kyōhan, publié en 1935. Le kanji en haut à droite, près de la queue, fait partie de la signature de l'artiste. C'est le kanji pour Hô de Hoan. L'image provient de la couverture du livre exposé au Hawaï Karate Museum.

Voici un témoignage de Funakoshi au sujet de l'artiste: J'avais précédemment entendu parler de lui parce qu'il avait déjà visité ma ville natale. Plus tard, j'ai aussi découvert que M. Kosugi avait en réalité étudié le Karaté sérieusement pendant plus de dix ans. De nos jours, quand il parle publiquement et a la chance de parler du karaté, je suis si flatté qu'il mentionne fièrement qu'il était mon premier étudiant dans la région de Tokyo. Après un séminaire de karaté d'une semaine au Tabata Popular Club, un dîner d'adieu a été tenu en mon honneur le dernier jour. Pendant le dîner, M. Kosugi a suggéré que j'écrive quelque chose au sujet du Karaté avant mon retour à Okinawa. Après le dîner je suis retourné à mon logement au dortoir d'étudiant Préfectoral, et j'ai commencé à écrire. Le lendemain matin, j'avais commencé à écrire un livre entier que j'ai terminé en quelques jours. Aussitôt fini, j'ai rendu visite à M. Kosugi pour le lui montrer et il a été impressionné par la vitesse avec laquelle j'ai complété la tâche. J'ai alors découvert que j'avais mal compris ce que M. Kosugi m'avait demandé. Il me demandait en réalité seulement d'écrire un article pour un magazine, mais je m'étais convaincu que c'était un livre il voulait que j'écrive.  Le destin est certainement une chose étrange, je suis demeuré à Tokyo pendant 10 ans au lieu de retorner à ma ville natale, et j'ai écrit mon premier livre. Kosugi a donc, suite à un malentendu, convaincu Funakoshi d'écrire un livre sur le karaté, Ryukyu Kempo Tode en 1922. Puisque aucun livre sur le karaté n'avait été écrit à ce moment là, Kosugi a dit à Funakoshi que son livre serait le Tora No Maki du karate. L'influence de Kosugi a été aussi importante que celle de Jigōrō Kano, le fondateur du Judō, afin de persuader Funakoshi de demeurer au Japon pour transmettre ses connaissances.

Kosugi a illustré avec des schémas le premier livre de Funakoshi, Ryukyu Kempo Tode. Dans la version révisée du livre en 1925, Rentan Goshin Tode-jutsu, Funakoshi a posé pour toutes les photographies, et cela nous donne une image très claire de son art à ce moment-là que nous pourrions qualifier de style Shorin-Ryu d' Okinawa.

 Voici une anecdote racontée en 1930 par Kosugi; Lors de mon passage à Shanghaï, il y a plusieurs années de cela, j'ai assisté avec trois de mes amis, à une démonstration d' arts martiaux de Shaolin. Le temple de Shaolin était l'endroit où Bodhidharma, le fondateur du Zen, a enseigné. Plus tard, il est devenu célèbre plus pour sa contribution aux arts martiaux que pour le Zen. On dit que la plupart des arts martiaux chinois proviennent de ce temple de Shaolin. Il y a beaucoup de styles d'arts martiaux, y compris ceux qui utilisent des lances, des bâtons, des épées et autres armes. Cependant, les méthodes de poing sont vraiment les plus captivantes. Mes amis, en voyant la démonstration des formes de Quan-fa, s'exclamèrent et trouvèrent qu'elles étaient mystérieuses et intéressantes. Sur le chemin du retour, nous nous sommes arrêtés à un restaurant pour le dîner. Me sentant un peu ivre, je me suis alors levé pour dire; « je vais vous montrer quelque chose » et je fis la démonstration d' un kata. Mes amis, étonnés, dirent « nous ne savions pas que vous aviez une si bonne mémoire ! » Bien que mon exécution n'ait pas été très habile, ils m'ont félicité en disant que le kata était semblable à celui dont ils avaient été témoin plus tôt.. À ce moment, je leur dit la vérité: « C'est le seul kata que j'ai jamais appris de mon professeur de karaté de Ryukyu, Gichin Funakoshi. Ce kata s'appelle Kushanku. »

 

 

Karate-Dō Kyōhan: Le Texte Maître

Publié en 1935, 302 pages

Couverture en papier et livre

Shōtō était le pseudonyme sous lequel Funakoshi écrivait des poèmes chinois dans sa jeunesse. Ce mot, en japonais, signifie littéralement;  vagues de pins. Lorsque Funakoshi  voulait être seul et se détendre, il allait faire des promenades sur le Mont Torao.Dans son livre “Karate-dō, ma Voie, ma Vie” il nous explique comment, dans sa jeunesse, il a choisi ce surnom :Shuri, ma ville natale, est entourée de collines couvertes de pins et de végétation subtropicale. Parmi elles se trouve le mont Torao, appartenant au Baron Chosuke, l'un de mes premiers bienfaiteurs à Tōkyō. Le mot Torao signifie “queue de tigre”. Il décrit fort bien cette montagne très étroite et extrêmement boisée qui ressemble tout à fait à la queue d'un tigre. J'avais l'habitude de gravir le mont Torao, parfois de nuit, quand la lune était pleine ou sous le scintillement des étoiles. Il arrivait qu'il y avait un peu de vent. On pouvait alors entendre le bruissement des pins et sentir le mystère profond et impénétrable qui est à l'origine de toute vie. Pour moi, ce murmure était comme une musique céleste”.

L'arbre qui représente Okinawa est le Ryukyu Matsu, le pin de Ryukkyu, qui peut atteindre une taille de 15 mètres. En vieillissant, la couronne de l'arbre s' écarte pour former un ensemble de branches majestueux. Il est souvent planté en bordure des routes, et est employé couramment dans les bonzais, et comme coupe-vent.

Shoto désigne le mouvement des longues branches de cet arbre lorsqu'il vente. Plusieurs de ces arbres centenaires ont malheureusement été détruits par les bombardements américains lors de la deuxième guerre mondiale.

Le tigre Shotokan. Dans la culture asiatique, le tigre représente une des deux grandes forces de l'univers, l'autre étant le dragon. Le tigre a le pouvoir de commander le vent, et le vent est son compagnon constant. Le tigre est aussi un symbole chinois traditionnel qui signifie que le tigre ne dort jamais. Présenté par le Bouddhisme, le tigre représente la force, la noblesse, le courage, la foi, l'effort spirituel traversant la jungle des péchés, elle-même figurée par une forêt de bambou. Enfin, dans tout le sud-est asiatique, le tigre est considéré comme un ancêtre mythique, il est regardé comme l'initiant, c'est lui qui conduit les néophytes dans la jungle pour les initier, en réalité pour les tuer et les ressusciter.

Le Tora No Maki, ou le tigre Shotokan, est devenu le symbole du karaté  Shotokan tel que pratiqué en dehors de de la JKA. Cependant, les clubs de karaté membres de la  Japan Karate Association préfèrent employer l' Inyo comme symbole, et parfois le tigre à l'intérieur de l'Inyo. Le tigre Shotokan est généralement employé comme symbole par les clubs de karaté de style Shotokai créé par Egami, ou des clubs appartenant au Shotokan Karate of America créé par Tsutomu Oshima, un des dernier étudiants de Funakoshi. Ohshima est bien connu pour suivre les directives de Karate-Dō Kyōhan à la lettre, comme si c'était la "bible" Shōtōkan, et il utilise le symbole de la couverture du livre Karate-Dō Kyōhan pour le logo de la SKA. C'est d'ailleurs lui qui a traduit ce livre en anglais. Lors du All-Japan Sandan Promotional en 1952, Maître Funakoshi a personnellement attribué à Ohshima son grade Sandan tout en l'honorant du plus haut pointage des participants présents. En outre en 1952 il est devenu le capitaine du club de karaté de l'Université de Waseda. En 1957 , Ohshima a également reçu son grade Godan par Maître Funakoshi, le rang le plus élevé attribué par Funakoshi, et encore actuellement le plus haut niveau réalisable au sein de la SKA. L'élément que l'on retrouve cependant dans plusieurs logos Shotokan est le double cercle. Voici à gauche le logo qui est, depuis 1992, le symbole préfectoral d'OKinawa. Le cercle externe représente l'océan,le cercle blanc symbolise un Okinawa pacifique et le cercle intérieur symbolise un Okinawa se développant globalement. En bref; océan, paix et développement. 

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