YOSHITAKA "GIGO" FUNAKOSHI

“Le Karate Dō est une philosophie, une attitude devant, et un regard sur la vie et le monde…” Shomen Gichin Funakoshi

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 Le fils successeur. Gichin Funakoshi eut trois fils et une fille. Yoshitaka, le plus jeune fils, déménagea au Japon avec son père à 17 ans, alors que sa mère et les autres enfants sont toujours restés à Okinawa. Après l’ouverture du Dojo Shōtōkan en 1936, Gigo devint le premier assistant de son père. Funakoshi père était alors appelé le vieux Maître, et Gigo le jeune Maître. Leurs visions de l’entraînement était très différentes; l' enseignement du père était basé principalement sur la pratique exclusive des Katas et du Bunkai; il s’opposera toujours au combat libre et à toute forme de compétition. Gigo préférait la compétition, et voulait un Karate avec un esprit semblable à celui qu’on trouvait en Ken-dō ou en Ju-dō. C'est entre les années 1936 et 1945, que Gigo donnera une saveur plus japonaise basée sur sa pratique du Kendo moderne sous la tutelle de son Sensei Hakudo Nakayama. Avec du recul, on peut aussi supposer que Funakoshi père enseigna en privé à son fils la partie guerrière du Shuri-te d'Azato et de Matsumura. Le style de Yoshitaka était très proche de celle trouvée dans le style de sabre Jigen-ryu pratiqué par Matsumura et Azato, décédés respectivement en 1896 et 1906...

Taiji Kase nous raconte sa rencontre avec le fils de Gichin; Quand j'ai commencé la pratique du Karate, nos seniors nous ont expliqué que Sensei Funakoshi Gichin était le pionnier du Karate. Mais ils nous ont dit également que la grande révolution et progression du  Karate  fut réalisé par son fils Yoshitaka. Il développa un Karate plus rapide, plus fort, plus dynamique. Le Sensei Yoshitaka cherchait la réalité, l'efficacité, si réellement les techniques fonctionnaient contre les attaques. Mais l'important à comprendre est que la grande mutation du Karate que le Sensei Funakoshi Gichin avait amené d'Okinawa, jusqu'au Karate que pratiquait le Sensei Yoshitaka, fut possible grâce au concept de O-Waza (technique de longue distance) avec le maximum de puissance et de vitesse.

Instructeur du Dōjō Shōtōkan, Yoshitaka mit en place le système de grades inspiré du Ju-dō et fondé sur les Kyus et les Dans. Il développa le combat libre selon plusieurs critères techniques et stratégiques afin d'en améliorer l'efficacité  À la vitesse d'exécution, à l'agilité des mouvements, Yoshitaka introduisit des positions de plus en plus basses, des attaques plus longues et puissantes. À l'époque où il prit la responsabilité du Dōjō Shōtōkan, Yoshitaka devint un expert dans son art martial. En plus de privilégier des techniques plus puissantes et dynamiques, il inclut le kumite. Il reprend ainsi l'idée émise par Otsuka quelques dix ans auparavant pour introduire le combat dans la pratique. Cependant, sa fougue lui font apporter des modifications que son père n'apprécie pas toujours.

Sous l'impulsion de plusieurs élèves, dont Masatoshi Nakayama, il décida aussi d'inclure plusieurs nouveaux coups de pieds tels le yoko-geri kekomi, yoko geri keage, mawashi geri, ura mawashi geri (probablement créé par Taiji Kase), le ushiro geri kekomi et le fumikiri. Par rapport au style ancien, les positions devirent plus basses et plus longues, presque écrasées au sol, les attaques plus longues et plus puissantes avec le concept de Chi-Mei. Le Chi-Mei étant un principe que l'on retrouve dans plusieurs arts martiaux; il s'agit d'être capable de donner la mort en un seul coup (Ikken-hissatsu) avec ou sans arme. À cette époque le Karate était uniquement un Budō ( la voie de la guerre), ce n'est que plus tard qu'il évoluera vers un concept plus sportif. Il existait bien à cette époque une forme de Shiai, le Kokan-Geiko, qui était l'ancêtre de la compétition actuelle. Le Kokan-Geiko, qui signifie " entraînement collectif pour progresser", était une rencontre entre équipes de Dojos rivaux, une habitude fréquente avant 1940. Ces échanges courtois dégénéraient  régulièrement en confrontations acharnées et hors contrôle. Kase racontait que lors du Kokan Geiko ils n’arrêtaient jamais, même blessés, jusqu’à ce qu'ils aient rencontré tout le monde. Les côtes fracturées et les dent cassées étaient chose courante.

La puissance physique de Yoshitaka était exceptionnelle. Des anecdotes racontent qu'il cassait souvent en deux les makiwaras. Son style très personnel est celui que plusieurs karatékas adopteront plus tard.

Voici d'ailleurs un autre témoignage de Kase Taiji au sujet sa première rencontre avec Yoshitaka; C'était en 1944. Les classes pour débutants étaient généralement données par le Sensei Hironishi. Mais un jour, un autre Sensei donna la classe, je ne le connaissais pas et ne savais pas qui il était et quand j'ai demandé on m'a dit qu'il s'agissait de Waka Sensei (le jeune Sensei), le fils de Funakoshi Gichin. Pendant cette classe, Yoshitaka nous a enseigné comment faire Mae-Geri lentement et sans baisser la jambe jusque par terre, comment faire Yoko-Geri et sans rentrer Yoko-Geri comment enchaîner avec Mawashi-Geri. Ensuite il nous dit: "je vais maintenant vous montrer comment nous le faisons habituellement" et il fit les trois coups de pied si rapidement et si puissamment que je me souviens encore d'avoir vu la lumière blanche du pantalon de son karategi et entendu un bruit sec comme celui d'un fouet. Nous en sommes tous restés très impressionnés. Quand nos Seniors nous enseignaient les Katas, ils nous racontaient que lorsque Funakoshi Yoshitaka démontrait un kata, ceux qui le voyaient percevaient une sensation spéciale, la terrible impression d'un danger imminent. Et ils nous disaient que c'était comme ça qu'il faillait faire les katas de telle sorte que ceux qui les observent perçoivent et remarquent quelque chose, sentent la vibration de notre force intérieure et de notre détermination. Si ceux qui nous observent ne sentent rien, c'est que le kata n'est pas bien fait, c'est un kata du type "gymnastique ou danse".

À partir de 1940, l'entraînement devint extrêmement difficile au Dojo Shōtōkan. Yoshitaka était le chef instructeur assisté de Genshin Hironishi ( rentré du front chinois quelques années auparavant), Wado Uemura et Yoshihaki Hayashi ( modèle pour le Ten No Kata du livre Karate Nyumon de 1943). Le contexte de la seconde Guerre Mondiale ne favorisait guère les recherches spirituelles. Un certain nombre de Dojos servaient à l'entraînement des Tokotaï (abréviation de Tokubetsu kōgeki-tai, unité spéciale d'attaque, communément nommé Kamikaze), et de certains officiers et responsables de la redoutable Kempetai, l'équivalent de la gestapo allemande. Les sessions d'entrainement étaient épuisantes, et pendant celles-ci, Gigo s'attendait à ce que ses élèves déploient deux fois plus d'énergie qu'ils utiliseraient lors d'une confrontation réelle.  Tetsuji Murakami et Taiji Kase ont d'ailleurs commencé à pratiquer le Karate dans ce contexte de guerre de 1944 -1945... Funakoshi Gichin entre en conflit avec son fils car il n'est plus du tout d'accord avec la tournure que prend le Karate. Dès 1945, à l'âge de 77 ans, il décide de retourner à Okinawa et rejoindre ainsi sa femme, laissant à son fils le Dōjō Shōtōkan du quartier de Meijuro à Tōkyō.

En 1945, le Shotokan fut détruit dans un bombardement aérien, ensuite arriva la reddition du Japon, puis le décès
de Yoshitaka. Tout cela en quelques mois.La pratique du karaté s’arrêta quelques temps, mais ensuite finit par reprendre petit à petit.Sensei Yoshitaka qui avait été hospitalisé
peu après la fin de la guerre meurt finalement de la tuberculose dont il était atteint depuis l'âge de 12 ans, le 24 novembre 1945 à Tokyo. Genshin Hironishi devint le principal professeur au Dojo Shōtōkan, et fut secondé par les seniors revenus de la guerre comme Masatoshi Nakayama, Isao Obata, Toshio Kamata et Shigeru Egami. Ce dernier crééra le style Shotokaï.

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